L’événement a fait couler beaucoup d’encre, au nord et au sud du pays. Je vous livre les réactions de deux hommes politiques flamands, testés lors de récentes interviews. Interrogé au Grand Oral RTBF Le Soir, sur le fait de savoir s’il avait été ému par ce geste linguistique posé en pleine fête des Francophones, l’ex-Premier ministre nous a répondu : « Le Flamand est vite ému quand un Francophone parle sa langue. C’est normal, non, dans ce pays, d’être bilingue ? » Jan Peumans, président du Parlement flamand, soumis à la même question dans Le Soir, a rétorqué: « On peut dire ce qu’on veut, mais il faut le dire en bon néerlandais ».
« Vous n’êtes jamais content !» fut notre réplique, sur quoi, Jan Peumans a enchaîné : « Si on est pour la Belgique, il faut comprendre trois langues : le néerlandais, le français et l’allemand. C’est le respect pour l’autre communauté. (..) Monsieur Stromae, il s’appelle comment ? Paul Van Haver ? C’est un Flamand alors? Il faut comprendre le néerlandais, c’est mieux. »
Jamais content ? Il y a quand même un peu de ça, non ? Une précision tout d’abord. Lorsque Jan Peumans fait une allusion au mauvais néerlandais de Stromae, c’est la confusion faite entre « spreken jullie Vlaams » au lieu de « Nederlands » qui est visée. Je préciserai aux lecteurs du Standaard que je faisais personnellement comme tous les Francophones, la même erreur jusqu’à notre opération « Noord Zuid » avec De Standaard en 2007. C’est Mia Doornaert qui a attiré mon attention sur la nécessité impérieuse de toujours dire « je parle le Néerlandais ». Preuve complémentaire : alors que j’avais traduit le Vlaams de Stromae par Néerlandais dans un article du Soir, un collègue flamand m’en a illico félicitée « Bravo, car importante subtilité »
Sur le fond, le procès en sorcellerie linguistique fait à Stromae est un peu petit. Le chanteur le reconnaît lui –même : sa mère est néerlandophone et il aurait du être bilingue. Et il fait tout désormais pour combler ce manque. Par ce geste du 27 septembre, hautement symbolique vu la date, mais aussi lors de l’interview réalisée par la VRT à la mi-temps du match Belgique-Pays de Galle. Le journaliste, très cordial, lui pose les questions en français, Stromae n’aura de cesse de répondre en Néerlandais. A la question (en français) « alors FormidDiables ? », il va ainsi insistser: « Neen. Formidables, rode duivels ».
L’enseignement du Néerlandais est catastrophique dans la partie francophone du pays et en particulier à Bruxelles, nous l’avons souvent écrit. Mais des efforts sont faits pour soit combler le retard, soit améliorer l’apprentissage structurellement. Combler le retard ? A la façon des frères et du père Borlée, qui viennent de passer une semaine en immersion en néerlandais au Ceran à Spa, conscients de la nécessité de parler l’autre langue nationale.
Améliorer structurellement? La multiplication des écoles d’immersion en Wallonie en est la preuve, tout comme le site d’apprentissage en ligne du Forem, bientôt adopté par Actiris. Rudi Vervoort , nouveau ministre président de la Région Bruxelloise, a rompu une lance en faveur d’un enseignement bilingue à Bruxelles. Pas évident. Mais lors d’une récente table ronde qui réunissait – c’était une première – les ministres flamands et francophones de l’enseignement ainsi que Vervoort, des engagements ont été pris pour bétonner l’accord d’échanges de professeurs entre le nord et le sud, avant la fin de cette législature et pour encourager la multiplication de rares écoles en immersion à Bruxelles.
Le groupe de pression, qui a donné naissance au Plan Marnix, harcèle les hommes politiques sur ce multilinguisme obligé et urgent à Bruxelles. Une association a lancé une pétition en faveur du sous-titrage et non plus du doublage, par les médias audiovisuels francophones
Lent et tardif, je vous le concède mais l’attitude qui consiste à ne regarder que le verre à moitié vide et non, la partie qui se remplit, confine à la mauvaise foi. Et n’encourage pas les efforts réels et la volonté de ceux qui veulent montrer qu’ils ont compris le problème et qu’ils sont en train de corriger le tir. Comme Stromae.